Tango, Milonga et le bordel du port

23 06 2007

Oulala tango!
Le Tango. Un mot envoutant. Il évoque mystère, passion, volupté et sensualité. Lisbonne et son Fado, Seville et son Flamenco, Buenos Aires et son Tango. Sachez que les premieres traces du tango remontent en 1880. Rien de surprenant donc puisque culturellement tout commence en 1880 en Argentine, à la première vague d’immigration. Il sera denominé tango « criollo » (« Dame la lata », Nicamora »). C’est-à-dire un tango regroupant 3 caracteristiques:Il est sans parole, instrumenté par un mix piano-flute-violon, et s’ecoute uniquement dans les « prostibulos » ( bars à putes), appelés vulgairement « lupanares » ou encore « quecos ». Imaginez vous le contexte de l’époque: L’immigrant arrivait en eclaireur au port de Buenos Aires souvent seul, sans femme et enfants…Fallait bien occuper les samedis soirs…La prostitution argentine a connu un terrible essor de 1890 à 1930, et au tango de suivre la même courbe.

A cette même epoque, les « patoteros », jeunes hommes de bonnes familles se rendaient egalement dans ces prostibulos, se melangeaient à la foule criolla et se battaient souvent entre eux pour obtenir les faveurs de la dame. Le bandoneon (qui n’et pas un accordeon, attention), arrive et remplace peu à peu la flute. Le tango commence à muter: Il se danse et s’appelle desormais »Tanguillo » (toujours avec une connotation negative). Ainsi, on conçoit mieux le pas de danse du tango contemporain. Dans les prostibulos portenos, certains avaient le coup de poignard façile. L’homme ne danse pas, il dirige. Il ne se retourne pas, il ne recule pas, il est vigilant dans sa demarche de seduction. C’est un corps à corps strategique.

Comment le tango fut-il tiré des bordels?  Grace aux patoteros, qui devulgarisèrent beaucoup cette musique et cette danse. Les premiers « affinages » d’un tango artisanal apparaisent (1905, « La Morocha » de Enrique Saborido) mais il reste cependant marginalisé par la haute societé. Un français decida d’emporter avec lui sur le bateau quelques echantillons de cette musique et cette danse eut un succes arrogant dans les salons français et allemands malgré quelques reticences de l’eglise. Le pape Leon 13 interdit cette danse, en vain! De  retour à Buenos Aires, cette musique enrichie des eloges de Paris dans les journaux est enfin acceptée et apparait dans les cabaret de la ville.

Le premier Tango chanté tel que nous le connaissons aujourd’hui nacquit en 1916 par Pascal Contursi avec « Mi noche triste » en reprenant l’instrumentation actuelle ( avec bandoneon), et les paroles caracteristiques du tango: Fin d’un amour, nostalgie et lamentation.

On pourrait également associer le developement du tango à l’arrivée du radicalisme au pouvoir en Argentine. Un changement politique total en 1915, une stabilité politique, une fin de la violence urbaine qui donnèrent une profusion de nouveaux talents et de nouveaux tangos. Ce fut la belle epoque du tango. Si on ne se bat plus, on fait quoi? On s’ennuie et on se lamente sur son sort (« El lamento del cornudo »). Enfin bon, c’est ma theorie…

De nos jour, nous parlons egalement de « Milonga » et de style « Milongero » en plus du Tango. A l’origine, une milonga etait une musique rurale, de la pampa. Le mot est devenu ensuite l’endroit ou se danse le tango, et aujourd’hui il signifie un tango dont le rythme est plus acceléré, plus urbain aussi. Les Japonais en raffole.

Voilà, vous avez les bases de la fiche technique « tango » pour briller dans les salons mondains…

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13 responses

23 06 2007
herve

… le plus triste dans cette histoire est que l’on ose appeler TANGO ce qui se danse ici en France! Qui n’a pas vu se danser un tango à buenos aires ne peut pas comprendre. On est à des années lumières de différences. La meilleure image pour les plus que quadra reste la chanson « les bals populaires » de Michel Sardou où il chante … le tango des grands-mères, elles dansent entre elles et l’on s’en fout….
A buenos aires lorsque l’on danse le tango, on entre en religion et à cet instant là, pour les aficionados, le temps s’arrête… c’est beau à chialer!!!

23 06 2007
Patrick

sera denominé ???????

23 06 2007
argentin

Selon Le Littré, on rencontre dans la documentation le verbe transitif dénominer « attribuer un nom ». <em>Le temps me fait défaut, (…) sinon j’aurais consacré cette lettre encore littéraire à vous faire le tableau selon moi de l’art nouveau. Cela sera quelque opuscule que d’avance je dénomine : « Préface pour un livre futur »</em> (Valéry, Correspondance avec Gide, 1891, p. 48).
Il y a bien denominateur, denomination, denominatif, alors au nom de quoi ce verbe ne serait pas intransitif, hein? Il prend ainsi une valeur d’adjectif classique. On est rebelle ou on ne l’est pas.

23 06 2007
Patrick

dénominer, pas français pour un poil !
Bel hispanisme en tout cas

25 06 2007
Castafiora

Patrick, laisse ce petit tranquille ! Il a inventé un verbe à partir de « dénomination » ! Il faut bien que le français évolue quand même !
Je lui laisse bien boire son lait, moi !
Je vous embrasse !

25 06 2007
tonio

oh les rabat-joie .. Clément réagit, laisses toi pas faire!!!

25 06 2007
argentin

T’inquiete Tonio. Les critiques multitudinales ne m’atteignent pas…😉

26 06 2007
Philippe

Je préfèrerais briller sur la piste avec ma cavalière, plutôt que dans un salon…^^

27 06 2007
tonio

tu me rassures…

28 06 2007
sylvie lepipac

Je dois dire qu’en France le tango ne se danse plus beaucoup, à part dans les thé dansants, les cours de danses de salon… Il n’y a plus tellement d’aficionados je trouve. C’est dommage !

28 06 2007
Pour illustrer un très bon billet de Clément sur Argentine au jour le jour

[…] lire son billet sur le Tango, Tango,Milonga et le bordel du port. C’est très intéressant et je m’en veux de l’avoir un peu chambré. Mais qui […]

30 06 2007
Shiva

Personnellement, je dirais plutôt que le tango de nos grands mères ne se danse peut-être plus beaucoup en France, mais par contre, le tango argentin (re)vient, avec des cours précis et exigeants, des aficionados qui vont jusqu’à Buenos Aires plus ou moins régulièrement pour se perfectionner, etc…
Et à Nantes, par ex, au Lieu Unique, le premier lundi du mois, il y a milonga, avec de plus en plus de passionnés, dont certains sont tout à fait jeunes…😉

1 07 2007
argentin

Une petite leçon? merci arteradio.
Cliquez ici:
http://www.arteradio.com/son.html?8690

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