10 ans d’Argentine!

16 04 2016

Number10Champony pour tout le monde! Ça y est! Une décennie, 10 balais, un cycle Kondratiev, un « cinq fois deux » se sont écoulés depuis que j’ai timidement foulé le sol de l’aéroport un matin ensoleillé et étouffant de février 2006. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais le regard arrogant, azimut la grande mégalopole, des projets pleins la tête, en mode « même pas peur ». Je me rappelle que je voulais bouffer la vie, parler avec des « o » et des « ch », jouer des clichés sur la francitude, écrire ma page blanche, me chouter à cette adrénaline que seul le défi de l’inconnu peut vous offrir. Tel un Rastignac regardant l’horizon, je me disais « Pampa, à nous deux ». 10 ans je vous dis. Bilan, synthèse, résumé, flash-back et début des cheveux blancs.

LA DIFFERENCE. Primo, pas de langue de bois ici. Que nenni. Il ne manquerait plus que je vous fasse le coup du tout beau tout gaucho. Mes 10 ans de vadrouille en Argentine- j’ose espérer – me donne cette impunité de pouvoir vous dire la vérité, ma vérité, sur ce pays qu’on appelle « Arrentina ». Car vous le valez bien. La typique euphorie des premiers jours est, tel un soufflé refroidissant, assez vite retombée. La nuance sémantique entre gauchesque et cauchemardesque m’est vite parue insurmontable lors des procédures ubuesques, sadiques et tumultueuses (si, si!) avec l’administration locale (Cinq ans pour obtenir mon DNI « résident permanent », autant pour me mettre à mon compte). J’ai fait preuve de patience, d’envies de meurtre, de sérénité et de maturité.  Ce n’est qu’après de longues et fastidieuses procédures  et d’enrichissantes rencontres improbables que j’ai réussi, en dix ans, à ressembler à cette chose qu’on appellerait un citoyen lambda (bien que mon accent me trahisse toujours!), c’est-à-dire que je vote, je paye mes impôts,et j’ai les mêmes emmerdes que tout le monde. Mais… j’ai un petit « plus » lors de mes voyages: je peux entrer et venir en Argentine et en France librement sans qu’on m’emmerde aux douanes avec les visas ceci ou billet retour cela. C’est déjà ça de pris.

Je dois admettre, avec du recul,  que supporter cette différence au quotidien fut parfois pesant. Je ne compte plus les fois où, à peine le premier son sorti de ma bouche, on me regarde bizarrement et on me lance les sempiternels « tu es d’où? » ou bien « Pourquoi tu es venu en Argentine? ». Une situation qui résume dans sa globalité cette TVA (Taxe pour Vivre à l’Etranger) que nous devons porter en permanence sur nos épaules, nous, les expatriés. J’ai finalement tranché: J’ai pris tout ce qu’il y avait de bon dans le pays: les conversations  passionnées avec des inconnus, l’entraide, le méga système D, le retour au fiduciaire, les 50.000 fériés, les cours universitaires, la confiture de lait….et – pour ne pas oublier d’où je viens justement – je reste intransigeant sur d’autres choses comme le fait de rouler à mobylette sans casque, les queues au guichet automatique,  les paiement mensualisés spéculatifs, les teufs à pas d’heure en semaine, certains points culturels, quitte à faire l’huître quand au pain, au vin, à mon JT quotidien de France 2 le soir. Un comportement qui me vaut souvent un jonglage entre coups de mou, efforts d’adaptation et hermétisme sévère. Mais cela m’a permis de me connaitre, de mieux me connaitre. Et c’est ça qu’est bien. C’est sain. Cela permet de regarder l’autre, le comprendre et accepter la différence: c’est comme ça qu’on apprécie ce pays tel qu’il s’offre, dans sa beauté la plus nue, la plus brute, et, par conséquent, la plus indomptable. A vous d’y faire votre marché. Oui, 10 ans de relations tumultueuses, sulfureuses, de amor-odio entre l’orgueilleuse criolla et le petit franchute (CQFD: moi). Oui, 10 ans tout ronds. Des noces d’étain comme on dit. Un anniversaire qui m’aura mis du du plomb dans la tête concernant quelques uns mes rêves d’antan. Et, j’avoue, du plomb dans l’aile concernant mon compte en banque. (I love my banque😉 )

LA MUTATION. Flash-back, on rembobine. Fevrier 2006. Saumur. Je signe une bourse d’un an pour terminer un MBA de gestion hôtelière de luxe, avec un parachute nommé CDI dans un hôtel de luxe dans les Pays de la Loire. Un chouia feignant sur les bords à l’époque, je ne pensais qu’à me laisser porter par le tourbillon de la vie, et en léger surpoids: Bref, un jeune con sédentaire comme la France sait si bien les faire. Dix ans plus tard, je me retrouve professeur diplômé d’État de français dans le secondaire, traducteur technique, et grand marathonien  devant l’éternel. Méconnaissable? Oui et non, vous répondrais-je, philosophe, mâchouillant ma branche de lunettes. J’ai relativisé, j’ai reajusté les cordes de mon arc aux réalités du terrain. C’est ma règle des trois « P »: Persévérance, Patadas-en-el-culo et Patience. J’ai professionnellement tenté pas mal de choses, alternant entre échecs et petits profits, oscillant entre portes fermées et recadrages. Pour en arriver, peu à peu, à ce que je suis aujourd’hui, en tenant compte des mes habilités et mes désirs. Bien sûr, j’ai changé. Je me suis adapté, flexibilisé. Bien sûr, il reste ces jours inéluctables où je pestifère sur ce pays, où je crie à qui veut bien l’entendre que ce pays est en carton, que c’est le bordel du matin au soir (je vous encourage vivement d’écouter les derniers commentaires de la vidéo ci-jointe). Malgré cela, force est de constater que ce pays m’a permis de sortir de mes espérances wattées de bisounours finalement …si européennes.  Venir ici avec un plan prévisionnel à 3 ans, des envies d’agenda plein de rendez-vous toutes les 20 minutes et une stratégie marketing  en béton vous mènera à l’échec, conseil de tonton Clément. Laissez votre cerveau Parisien là-bas. Venez quelques mois en Argentine, découvrez-la avant de vouloir tout faire en deux semaines. Si vous n’avez pas encore fui après quatre mois, et si un malaise commence à se faire sentir, renfermez vous l’espace d’un week-end et posez vous les bonnes questions. Demandez-vous: Je suis ici pour qui? pourquoi? pour quoi? Si vos réponses sont claires, c’est bingo: vous pouvez rester un an de plus. Voilà comment ça fonctionne ici. Rien n’est sûr, rien n’est établi. Demain est un autre jour. Aussi bête que cela paraisse, nous, petits français, ne sommes pas réellement préparés à ces imprévus perpétuels. Non, et je préfère vous prévenir que vous serez tout seul face au chaos. On s’y fait..ou pas. L’avantage, c’est que vous vous en rendrez compte dès les premières semaines…Le secret est de savoir se mettre à nu. Et de reconstruire, retoucher un projet plus viable sur une longue période. Un an d’Argentine dans les bottes ne suffit pas pour cela. Il m’en a fallu trois à moi. Et plus de dix fois l’envie de tout envoyer balader et de rentrer définitivement en France. Mais bon, j’avais un atout inébranlable: je connaissais par cœur les paroles de France Gall (« Résiste! »).

Evidemment, je ne suis pas là pour vous dire de ne pas vous lancer, non non. Bien au contraire. Mais une fois sur place, prenez bien le temps de vous familiariser avec la bête. Vous devez réfléchir, analyser les variables économiques, sociaux et culturels du pays et les contrebalancer avec vos goûts et vos désirs avant de penser à dessiner votre petit chemin. Essayer de concrétiser un projet sur du long terme est épuisant, certains y renoncent très vite. Seuls les plus temeraires s’agripperont aux cornes de la vache pour braver vent et marées. Sur tous les prétendants à ce kho-lanta culturel, Il n’en restera pas beaucoup au final.

Et donc, Oui. 1O ans d’ « Argentine sans détours … ou Candide au pays de Mafalda ». Qui l’eût crû? Même pas moi, honnêtement. Quand je repense à tous mes déboires, péripéties, revirements de projets, marches-arrières et autres coups de gueules…  J’en ai quotidiennement la plus gratifiante des récompenses: Les regards de mes élèves en classes, ronds et brillants de curiosité. Ils me font oublier toutes ces mauvaises passes. Mon argentinisation a toujours été marquée par un leitmotiv discret mais récurant: Le goût des autres, de la linguistique et une passion profonde pour ma langue maternelle.  Un parcours initiatique chaotique dans un pays chaotique: Finalement, vivre le chaos semble mieux me réussir que tout autre chose. Il m’a permis de repousser mes limites après en avoir eu peur, de me découvrir après m’être un peu perdu. Je me suis relevé, j’ai marché. C’est mon petit veni, vidi, vici à moi. Je suis riche de ça, de deux cultures. D’ici et de là. Il m’a fallu 10 ans pour cela. Vive l’Argentine et Vive la France.





l’Argentine et le risque pays 2014

5 05 2014

 

Silencce, on vole!Même si au niveau sécuritaire, la France n’a rien a envier a sa grande cousine argentine (visionnez cette carte de risque pays) , certaines recommandations aux voyageurs avides d’exotisme parues cette semaine sur le site du quai d’Orsay  nous dévoilent une Argentine aux rues incertaines, livrée à de gros problèmes sociétaux, montrant une recrudescence des drogues et des violences urbaines… « Pas très ragoutant tout ça! » me direz-vous. Et bien non, lisez bien le titre de ce blog et vous comprendrez que je ne suis pas la pour vous vendre que du rêve. Soyons réalistes et surtout logiques: En tant que touriste, il est important d’être informé lors de la préparation de son voyage et de savoir que venir en Argentine, ce n’est pas partir au pays de Candy.  En effet, sachez que la plupart des procédés bien connus des loubards sans scrupules en France sont utilisés de façon encore plus violentes et sauvages de l’autre cote de l’Atlantique: du vol à la tire aux filouteries bien perverses en passant par des tarifs au faciès, vous vous verrez certainement confrontés à l’une des situations listées dans la liste lors de votre séjour au pays du tango.

Pour ma part, en 10 ans d’argentinisation dans ce beau pays fougueux, j’ai uniquement (sic) été victime d’une seule usurpation de carte bleue lors de mes premiers mois sur le territoire… encore naïf et incrédule à l’époque, mais sachez que bon nombre de mes amis et famille, lors de leur visite, ont subi des vols de sac en pleine rue commerçante, des prix excessivement chers, des « visites » de chambre d’hôtel avec disparition d’argent et d’effets personnels. Bref, sans tomber dans la paranoïa, on ne vous le répétera jamais assez: Prenez vos précautions,  camouflez le mieux possible vos signes extérieurs de richesse touriste, fondez vous dans le décor.

Et tout se passera bien.





La phrase du jour

29 03 2014

« En France, l’esprit communautaire est très développé, mais on se sent seul. En Argentine, l’individu est très entouré mais chacun pense à sa gueule »…

Phrase chopée ce matin sur les ondes FM françaises…





Gagnez votre entrée au salon du livre

15 03 2014

SALON-DU-LIVRE  Bonne nouvelle les p’tits loups, j’ai des invitations à vous offrir pour le 34ème salon du Livre de Paris du 21 au 24 mars. C’est donc officiel: lire ce blogounet rend intelligent! L’explication est simple: l’Argentine étant à l’honneur cette année au Salon du Livre de Paris, l’Argentine sans détours  participe à cet événement culturel du printemps et vous offre des entrées gratuites! Non, non, ne m’applaudissez pas, vous le valez bien. Pour l’occasion, et petit joueur que je suis, je vous ai concocté un de mes petits jeux favoris. Encore faut-il que le jeu soit à la hauteur de l’événement, c’est à dire sympatoche, rigolo et pas trop brasse-neurones car lire rime avec plaisir, ne l’oublions pas.  Voici donc ce que je vous ai pondu hier: Je vous montre ci-dessous une série de 4 photos sans rapport apparent entres elles. Le jeu est un classique de l’invité mystère, ces 4 photos ont toutes un lien avec un auteur argentin contemporain. Réfléchissez, jouez, gagnez! A vous de me dire qui se cache derrière ces photos et tentez de m’expliquer pourquoi (histoire de se fendre la goule un peu!). ET comme je suis bon par nature, je vous lache d’emblée un premier indice pour bien commencer vos recherches: Il est né l’année de l’exposition universelle Spécialisée de Paris . Prenez votre temps, mais pas trop, vous avez jusqu’à lundi midi pour vous creuser les méninges gauchesques!

Reconnaitrez-vous notre auteur argentin mystère?

Reconnaitrez-vous notre auteur argentin mystère?

Les 5 premières personnes ayant découvert notre auteur argentin mystère recevront dans la semaine leur invitation! Enjoy et bon jeu à toutes et à tous.😉





Du coté de chez moi..

3 12 2013

Dans la série « Petites histoires devant mon palier », je vous présente la toute dernière: Un Ouragannnnnnn gros comme ça a déboulé hier soir d’on ne sais où pour mettre la ville de la Plata en apesanteur l’espace de 10 secondes… Malheureusement, nous ne comptons plus les arbres couchés, les voitures cabossées et les feux tricolores hors service.

Clichés pris ce matin, mode gueule de bois…. Bon vent.

Ouragan Kinder surprise du 02 Decembre

Ouragan Kinder surprise du 02 Décembre.





La presidente argentine operée Mardi

7 10 2013

la-salud-de-cristina-1477913h430  Une mauvaise chute serait à l’origine de ce déchainement médiatique, ce qui se comprend à pratiquement une année des présidentielles: Christina s’est cognée la tête au mois d’aout, elle a eu un œdème en septembre et une gêne pour bouger son bras droit ces derniers jours. Bilan, un mois de repos conseillé, une hospitalisation planifiée et une opération mardi matin pour tenter de lui résorber l’œdème. Il n’y a donc pas que le dollar qui a des bleus. Âgée de 60ans, cette opération ne semble pas être risquée pour sa santé.  L’info est relevée par la plupart des médias mondiaux à leur rubriques internationales. Ici le référencement de RTL.fr





L’ Argentine obsédée par le Dollar

24 09 2013

peso   En Argentine, se procurer des dollars relève du parcours du combattant. Ce qui est difficile à comprendre pour nous, petits français. En effet, devant les régulières bouffées d’inflation et de dévaluation du pesos argentin, le dollar est devenu le saint Graal des Argentins, un étalon fiable  tout comme le deutschemark avant l’euro.

Seulement, en Argentine, une flopée de magouilles et autres trucs non-officiels sont apparus puisque les banques sont les seules autorisées à donner des dollars à ses ressortissants. Du style, toi, t’as une bonne bouille, tu peux en avoir, toi non…. Quid des critères d’attribution? Mystère et boule de gomme. Par lassitude et désenchantement face à ce mur bancaire, le « dollar parallèle », sous le manteau, est né , évidement bien au deçà des taux officiels de change. Autre combine: Le « dollar blue » qu’on se procure auprès des « arbolitos » (cqfd:vendeurs à la sauvette), mais aussi le « dollar tarjeta » pour les achats payés par carte à l’étranger, car ce mode de paiement permet d’être surtaxé par la banque de (seulement – sic!) 15% par rapport au taux officiel ( le dollar parallèle, dépassant allégrement  les 50% -double sic!)) ce qui revient concrètement à subventionner les dépenses à l’étranger des classes aisées à hauteur de 4 à 5 milliards de dollars par an…

Le petit dernier est le « dollar azafata » (« le dollar hôtesse de l’air »), un peu plus cher  (triple sic!): il faut bien rémunérer les employés de compagnies aériennes (et autres professionnels se rendant souvent à l’étranger) car ce sont eux qui vont vous retirer de l’argent à l’extérieur du pays,  genre une « mule » du billet vert.

La prolifération de tous ces taux chaotiques  (« dollar ladrillo » pour les opérations immobilières, « dollar gris » etc. etc.) permet aussi de « bicicletear » (faire tourner) l’argent en jouant sur les marges différentielles et les petits gains réalisés (c’est le principe de fonctionnement des bureaux de change officiels et des « arbolitos », l’argent vaut de l’argent, ce qui permet de faire avancer la bicyclette: le dollar)

Mais que fait le gouvernement? Me direz-vous. Nada ma bonne dame. Il laisse faire, car ce système profite bien allégrement à ses propres dirigeants! Ces  bicyclettes financières sont un trésor pour qui sait bien le manier….

Voici le site de tous les taux ubuesques disponibles sur http://dolarblue.net/, un vrai bazar: dollar bleu, parallèle, tarjeta, azafata et vert, et les debuts de l’Euro dans cette spirale sans fond… c’est tout un arc-en-ciel !

 (Source: Mediapart.fr)








Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 254 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :